En effet, il considère que "Si (...) les banques mutualistes acceptent d’en finir avec la banque d’investissement – métier qu’elles ne connaissent pas et qui leur fait perdre beaucoup d’argent –, elles représentent un levier formidable, car elles ne peuvent pas faire l’objet d’OPA et peuvent donc prendre des positions de soutien à l’économie, comme elles l’ont d’ailleurs fait en direction de la création d’entreprises."

Plus loin en réponse à une question du député Charles de Courson sur le respect des conventions passées entre l'Etat et les banques pour que ces dernières puissent obtenir des titres subordonnés, René Ricol a pris l'exemple des banques mutualistes : "Lorsque nous avons constaté, au début du processus, que les banques mutualistes réagissaient moins vite que les autres, nous n’avons pas jugé bon de les presser, car leur structure est différente et le pouvoir y est très réparti sur le territoire. Les faits nous ont donné raison, car ces banques obtiennent aujourd’hui le même score que les autres."

Plus de BFI pour les banques coopératives ?

Si la déclaration de René Ricol est positive quant à sa reconnaissance du rôle des banques coopératives dans le soutien à l'économie française et de leurs spécificités organisationnelles, elle l'est beaucoup moins dans sa vision réductrice de leur universalité. Si toutes les banques coopératives ont décidé de réduire fortement la voilure de leur BFI et de leurs activités de marché, il reste qu'elles n'envisagent pas de tirer le rideau sur ces activités.

Si l'on pousse la logique jusqu'au bout du médiateur, aux banques du secteur libéral les activités de BFI, aux banques coopératives le financement de l'économie réelle. C'est une vision un peu bizarre de la concurrence. Parce qu'en termes de pertes d'argent, personne n'a de leçon à recevoir de personne : malheureusement les chiffres démontrent qu'aucun banquier ne maîtrise ces métiers.

Un modèle ES de la BFI ?

Est-ce que de cette crise ne pourrait pas émerger un modèle "économie sociale" ou coopératif de la BFI ? Au lieu de se retirer totalement de ces métiers, les responsables des banques coopératives pourraient réfléchir à la définition de nouvelles pratiques plus proches des valeurs et des principes coopératifs. Mais je ne suis pas certain que les leçons soient tirées jusqu'au bout de la logique : tout le monde ne parle plus que de recentrage des activités (cf la tribune de Philippe Dupont . C'est loin d'être suffisant puisque l'on sait bien qu'après chaque cycle de recentrage, revient un cycle d'expansion non contrôlée.

Extraits de l'audition de René Ricol : http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/cr-cfiab/08-09/c0809053.pdf

(...)

M. René Ricol. À défaut de pouvoirs – car je n’en ai aucun –, j’ai au moins de l’imagination. Il existe aujourd’hui deux systèmes d’aide aux banques : le guichet, qui donne des crédits subordonnés, ou quasi-capitaux propres, et la liquidité. Ce mécanisme est progressif et les deux approches devront sans doute être appliquées pendant une année.

L’État ne s’est pas engagé sans contrepartie à mettre à la disposition des banques ces deux outils indispensables. La médiation connaît assez bien le terrain pour imaginer, en cas de non-respect des conventions, des dispositions plus précises que l’État pourrait inclure dans de nouvelles conventions. Ainsi, si je n’avais pas reçu des banques l’engagement de respecter l’enveloppe globale des concours donnés sans demander d’augmentation de garanties personnelles, j’aurais immédiatement demandé, ne serait-ce que pour avoir les moyens de faire mon métier, que cette clause figure dans toutes les conventions conclues avec les banques.

Par ailleurs, je ne suis pas convaincu par la formule britannique consistant à entrer au capital des entreprises, car les obligations qui accompagnent le statut d’actionnaire laissent peu de moyens à ce dernier. Le dispositif français a le mérite d’être progressif. En outre, s’il faut entrer au capital, que ce soit au moins pour contrôler ce qui se passe dans l’entreprise – ce qui suppose de ne pas l’annoncer à l’avance, pour se préserver des fonds spéculatifs.

En troisième lieu, je rappelle que notre pays a la chance de compter deux secteurs bancaires, l’un purement libéral et l’autre relevant de l’économie sociale. Si donc les banques mutualistes acceptent d’en finir avec la banque d’investissement – métier qu’elles ne connaissent pas et qui leur fait perdre beaucoup d’argent –, elles représentent un levier formidable, car elles ne peuvent pas faire l’objet d’OPA et peuvent donc prendre des positions de soutien à l’économie, comme elles l’ont d’ailleurs fait en direction de la création d’entreprises.