Rapport parlementaire sur les SSIG : respecter les équilibres issus de notre histoire en matière de rôle des associations et mutuelles, et du tiers secteur
Par Rémi Laurent le lundi 6 avril 2009, 15:17 - du côté du Parlement - Lien permanent
Les députés Valérie Rosso-Debord et Robert Lecou (UMP), Christophe Caresche et Pierre Forgues (PS), ont présenté, mercredi 1er avril 2009, leur rapport sur les services sociaux d’intérêt général (SSIG). Il clôt un cycle de travaux qui a débuté avec l'audition du député européen Jacques Toubon, en avril 2008. En effet, selon Valérie Rosso-Debord, celui-ci avait attiré l'attention des parlementaires sur "l'importance et la complexité du régime des services d’intérêt général (SIG) et des services sociaux d’intérêt général (SSIG)".
le social détient en Europe une place plus importante que dans les autres pays développés
Lors de son examen par la Commission chargée des affaires
européennes, la députée a précisé que le rapport propose trois grandes
séries de constats :
- le social détient en Europe une place plus importante que
dans les autres pays développés ;
- "il y a une inadaptation des règles communautaires actuelles, qui
sont trop complexes et n’offrent pas de véritable sécurité
juridique" : pour les parlementaires, "le droit applicable est
essentiellement d’origine jurisprudentielle et contentieuse". Le problème
essentiel est celui "du régime des compensations du service public versées
notamment à des associations, en dehors de celles accordées aux plus petits
opérateurs qui relèvent de l’exemption de minimis". En effet, les rapporteurs
indiquent qu'en "droit communautaire, l'aide d'Etat vise non seulement
l'aide versée à une entreprise ou à un exploitant, indépendamment de son
statut, par l'Etat, mais également,(...) , l'aide versée par une collectivité
territoriale ou des organismes publics ou même des organismes privés créés pour
gérer ces aides publiques'. C'est une notion "extensive", car elle inclut les
subventions mais également les autres aides fiscales tel que le régime
fiscal préférentiel de certaines cotisations aux mutuelles, ou les
aides financières (bonifications dintérêt, prêts préférentiels etc.) ou
autres.
- la clarification et la stabilisation du régime des SSIG et des SIG appellent deux types de réponses : au niveau national, "prendre des mesures d’ordre technique visant à améliorer l’application des règles européennes actuelles" ; au niveau européen, "envisager une évolution des règles actuelles".
une résolution en 5 points
La résolution proposée par le rapport a été adoptée à l'unanimité par la
Commission chargée des affaires européennes. Ainsi, la Commission :
- estime que les adaptations à apporter au droit national
pour le mettre en conformité avec les règles européennes doivent cependant être
complétées au niveau européen pour établir un cadre
parfaitement clair et juridiquement sécurisé pour leurs activités,
particulièrement pour les associations du tiers secteur bénéficiant de
compensations de service public. Les parlementaires note également que
la transposition par la loi de la directive « services » , devra
prévoir une exclusion claire et large des SSIG ainsi qu’une
reconnaissance de leur statut.
- juge indispensable de prévoir "dans le cadre d'une démarche
politique, une clarification du droit européen applicable aux SSIG, et au-delà
aux SIEG;
- considère opportun de créer un contexte politique favorable, en prévoyant
que les commissions du prochain Parlement européen interrogent, lorsqu’elle
procèderont à leurs auditions préalables au renouvellement de la Commission
européenne, les personnalités proposées pour être Commissaires européens, sur
leurs points de vue sur les SSIG, ainsi que plus généralement sur les SIEG
;
- estime légitime d'envisager une intervention du législateur communautaire de reconnaissance, de clarification, ainsi que de sécurisation juridique et financière, permettant notamment de préserver et pérenniser les principes et équilibres actuels, issus de la tradition républicaine ;
- propose de prévoir un test concerté de subsidiarité par les Parlements nationaux pour s’assurer que cet éventuel instrument législatif respectera bien les compétences des Etats membres telles qu’elles sont prévues par les traités, et plus précisément, dès lors que sa ratification sera intervenue, par le traité de Lisbonne et le protocole qui lui est annexé sur les services intérêt général.
un enjeu pour l'économie sociale et solidaire
La rapport distingue quatre modèles de SSIG en Europe :
- le modèle scandinave : la prestation sociale et les services sociaux relèvent par principe de lEtat (en réalité le plus fréquemment des municipalités). Les services sociaux ont "une vocation universelle" et financés par l'impôt. Les associations et le secteur à but lucratif ont un rôle qui sest développé, mais encore assez marginal, relève le rapport.
- le modèles de subsidiarité, qui concerne l'Europe continentale. Les
services sociaux sont gérés "soit directement par lEtat et les collectivités
locales, soit par des associations ou des organismes sans but ucratif, soit par
le secteur privé". C'est le modèle de la France qui est, note le rapport,
marquée "par une grande diversité des acteurs intervenant, directement ou
indirectement, dans le domaine social". Cette diversité est liée "au
développement de léconomie sociale et solidaire depuis laprès-guerre". en
effet, les parlementaires rappellent qu'aux "acteurs publics incontournables
que sont l'Etat et les collectivités locales, et leurs établissements publics,
ainsi que les organismes de protection sociale et les entreprises publiques,
"sajoutent, pour une part non négligeable, le tiers secteur : les
associations, fondations, mutuelles, syndicats". Ainsi que, bien sûr, des
entreprises à but lucratif.
- le modèle beveridgien, parfois dit "libéral depuis la vague
dexternalisation des services sociaux et médicaux sociaux au cours des années
1980".
- le modèle dit méditerranéen "marqué par la relative faiblesse du tiers secteur, qui correspond à la fois à un héritage politique et religieux". Le poids des Eglises intervient aussi dans la structuration des SSIG.
Pour les parlementaires, il faut prévoir que les futures dispositions européennes "devront (...) respecter les équilibres issus de notre histoire en matière de rôle des associations et mutuelles, et du tiers secteur plus largement, ainsi que de leurs relations avec l'Etat".
Lors de l'examen du rapport, le député de Paris et co-rapporteur, Christophe Caresche a souligné que l'ESS "se sent aujourd’hui menacé par la conception européenne très restrictive, notamment à travers la définition du mandatement telle que retenue par le paquet Monti-Kroes et la directive "services"." Et de souligner que le schéma retenu au niveau européen "ne tient pas compte des initiatives de nouveaux services qui peuvent se développer en dehors d’une origine publique pour résoudre une difficulté particulière". C'est la conception du secteur de l'ESS. Christophe Caresche a rappellé également que "la demande de prise en compte de cette particularité au niveau européen avec une directive spécifique n’a pas eu, malheureusement, de résultat".
Le député a affirmé que pour sortir d’une telle situation, "il convient que ceux qui sont attachés aux services sociaux conduisent un combat d’ordre politique". Et d'appeler à mettre à profit les élections européennes "pour exiger que la Commission européenne s’engage très clairement sur la nécessité de mettre en place un texte sectoriel".
Il est à noter que le troisième forum sur les SSIG est d’ores et déjà programmé au second semestre 2010, sous présidence belge.
Consulter le rapport : ici
Lire le compte rendu de l'examen du rapport : ici

